lundi 4 juin 2012

En 2012, l'année commence en septembre

"Il est facile de laisser une époque en faire à sa tête. Ce qui est difficile, c'est de garder la sienne" 1.

En cette longue (interminable ?) période d'élections, cette phrase de G.K. Chesterton m'est revenue en mémoire. Ce qui est difficile aussi, c'est de faire le tri dans les informations. Doit-on croire les syndicalistes qui nous alertent sur "les centaines de plans sociaux à venir" ou les DRH qui affirment qu'il n'y a pas eu d'attentisme en ce qui concerne les éventuels Plans de Sauvegarde de l'Emploi ? D'ailleurs, pourquoi auraient-ils attendu la fin des élections présidentielles ? Mais, pour éviter une politisation des plans de licenciements bien sûr ! Pour ne pas voir débarquer  les candidats les uns après les autres, pour 15 minutes "d'auto-promotion" ! Dans ce cas, ils doivent, maintenant, attendre la fin des législatives, car les candidats à la députation sont, eux aussi, à l'affut des possibilités de médiatisation. Sans parler du ministre de la réindustrialisation (pardon, du "redressement productif"). Ensuite ce seront les vacances d'été. 
Ah, vivement septembre que l'on y voit plus clair... enfin, il n'est pas interdit de l'espérer.

1 G.K. Chesterton, Orthodoxie (1908).

pour plus d'informations sur G.K. Chesterton cliquer ici

jeudi 19 avril 2012

RRH et représentativité





ci-après, un lien permettant de consulter ma synthèse sur le thème de la représentativité des syndicats.


cliquer ici

vous souhaitant une bonne lecture.

lundi 9 avril 2012

Gestion des compétences : le cas de l'armée française pendant la guerre 14-18


 char Renault FT 17



La Grande Guerre est, pour beaucoup d'historiens, l'événement majeur du XXème siècle, la "clef du destin européen" 1. Une guerre qui, dès le début, fut qualifiée de "suicide de l'Europe" (1 400 000 morts français ; 9 millions, tous pays confondus) tant elle semblait mener à la ruine les belligérants, à commencer par la France et l'Allemagne. Du fait des batailles meurtrières (les "saignées"), l'armée française dut se renouveler fortement : techniquement avec la fabrication de chars d'assaut (Renault), d'avions, de canons... mais aussi humainement. Il fallait remplacer les hommes tombés sur les différents champs de batailles, les soldats du rang et les officiers, trouver des hommes compétents pour mener les troupes. "Dès la fin de 1915, la moitié des officiers de carrière de 1914 ont été tués ou blessés grièvement tandis que les survivants montent en grade et viennent souvent occuper des postes dans des états-majors aux effectifs croissants" 2. Ce qui favorise aussi une grande mobilité interarme. La fin de la cavalerie libère 4 800 officiers, versés dans l'infanterie et les armes "nouvelles" que sont les chars et l'aviation. "A l'exception de l'infanterie, ces mouvements de personnels enrichissent les différentes armes. Les officiers (...) ont endossé l'uniforme sans a priori sur la tactique et avec leurs connaissances civiles" 3. Ce sont essentiellement des officiers de "complément", autrement dit des réservistes. Ils mettent en oeuvre leur créativité et leur détermination pour développer l'efficacité de leurs troupes. "Au printemps 1915, le lieutenant de réserve Cailloux emploie ainsi pour la première fois des engins à chenilles (ses propres tracteurs agricoles) pour tirer des canons dans les Vosges" 4. Beaucoup des officiers affectés à l'artillerie sont des Centraliens : ils y développent un esprit technique et scientifique. Dans les services de renseignements, ce sont les Normaliens qui "prennent les commandes" : les compétences (maîtrise d'une ou plusieurs langues étrangères, connaissances des pays...) priment bien souvent sur les grades dans l'organisation des services 5.
Dans le même temps, l'armée doit faire face à un autre problème, celui de la "mémoire professionnelle". Les artilleurs, moins touchés par les saignées du début de la guerre, ont préservé celle-ci et passent, en 1918, sans problème de la guerre des tranchées (1915-1917) à la guerre de mouvement (stratégie des années 1914-1915). A l'inverse, l'infanterie, décimée au fil des années, n'a plus cette mémoire professionnelle, et son commandement est bien souvent entre les mains d'officiers peu aguerris, surpris par cette stratégie "nouvelle" pour eux. Les batailles de 1918 sont des opérations où l'artillerie, les chars et l'aviation prennent une place majeure. En 1917, le Maréchal Haig lance une attaque qui le conduit jusqu'à Cambrai. "Cette bataille de Cambrai apportait (...) un enseignement d'importance : il était désormais acquis que, sans aménagement de terrain, sans préparation d'artillerie, les chars, opérant par grandes masses avec l'infanterie et bénéficiant de l'appui d'une puissante artillerie, pouvaient d'un seul élan, par l'effet de surprise enlever tout un système défensif fortifié" 6. Leçon retenue par le haut commandement français, qui la mit en application dès 1918. Entre temps, la doctrine stratégique a été complètement revue.
Face à une "crise" de grande ampleur, l'armée française a su s'adapter, faire monter de nouvelles compétences, changer de vision. De même, il serait intéressant de voir comment l'économie française assura l'effort de guerre. Bien que privée de ses régions sidérurgiques, en 1918, la France produisait plus que l'Allemagne, au prix d'une "véritable reconversion industrielle" 7. En novembre 1918, l'armée française disposait de 2 000 chars (200 pour l'Allemagne), alors même que l'accord de fabrication n'avait été donné qu'en janvier 1916 !

1940, "l'étrange défaite" 8. "Cette magnifique machine à vaincre (celle de 1918) s'est écroulée en quelques semaines (...) La raison principale ? Les savoirs-faire en oeuvre en 1918 nécessitaient un entretien permanent. Or, dès le début des années 1920, la démobilisation et la dissolution des grands états-majors entraînent un décalage entre une doctrine cohérente et les compétences disponibles pour l'appliquer" 9. 
La gestion des compétences, une des innombrables leçons de l'Histoire 10.


1 NRH n°39, nov-dec 2008 "1918, la grande illusion".
2 Guerres et Histoire n°5, 2012, "1918, l'armée française à son zénith".
3 idem.
4 idem.
5 Michaël Bourlet , « Des normaliens dans les services de renseignement du ministère de la guerre (1914-1918) », Revue historique des armées, 247 | 2007, [En ligne], mis en ligne le 21 juillet 2008. URL : http://rha.revues.org/index1823.html. Consulté le 09 avril 2012.
6 NRH n°32, sept-oct 2007, "1917, l'année fatale".
7 Jean-Baptiste Duroselle, La Grande Guerre des Français, 1914-1918, coll Tempus, Perrin, 2002.
8 Marc Bloch, L'étrange défaite, coll Folio histoire, Gallimard, 1990 (texte rédigé de juillet à septembre1940).
9 Guerres et Histoire n°5, op. cit.
10 "Je me rends mieux compte aujourd'hui que (le) matériel, certainement insuffisant, ne manquait cependant point autant qu'on l'a dit. Il manquait sur le front. Mais nous avions, à l'arrière, des chars immobilisés dans les magasins et des avions qui ne volèrent jamais. Les uns comme les autres, parfois en pièces détachées. (...) Est-il exact que, comme on me l'a dit, il fallut détruire sur le terrain un grand nombre d'avions, faute d'aviateurs capables de leur faire prendre l'air ? (...) Je connais un aviateur civil, dûment mobilisé, qui, durant toute la guerre, n'a jamais été autorisé à monter un avion militaire", M. Bloch, op. cit.



char Renault FT 17

mardi 27 mars 2012

j'embrasse pas... (suite)

La culture nationale impacte les comportements au travail : des deux côtés du Rhin, les habitudes ne sont pas les mêmes !

pour en savoir plus :
cliquez ici

samedi 10 mars 2012

Entreprises déboussolées...

un excellent article  de Christel Lambolez

http://www.les-rh.fr/tendances-rh/entreprises-deboussolees-quete-sens.html

http://www.les-rh.fr/

samedi 25 février 2012

Culture et Histoire





Lorsque l'étudiant se penche sur la question de la culture d'entreprise, il doit faire face à une première difficulté, et non des moindres : le foisonnement des définitions de ce qu'est (ou serait) une culture d'entreprise. 
Quelques exemples :
La culture d'entreprise selon E. Schein (1) serait "un modèle de suppositions (2) de base, qu'un groupe donné a découvert, inventé et développé en apprenant à faire face aux problèmes d'adaptation externe et d'intégration interne, qui ont été suffisamment éprouvés pour être considérés comme valides et donc être enseignés aux nouveaux membres comme étant la manière juste de percevoir, de penser en relation à ces problèmes"
Ce que M. Thévenet résume parfaitement de la façon suivante : "La culture caractérise l'entreprise et la distingue des autres, dans son apparence et, surtout, dans ses façons de réagir aux situations courantes de la vie de l'entreprise comme de traiter un marché, définir un standard d'efficacité ou traiter des problèmes de personnel" (3). 
Pour A. Laurent (INSEAD), "la culture d'une organisation reflète des postulats sur les clients, les salariés, la mission, les produits, les activités, des postulats qui ont bien fonctionné dans le passé et qui se sont traduits dans des normes de comportements, des anticipations sur ce qui est légitime, des façons souhaitables de penser et d'agir" (4).
A l'inverse, la désintégration culturelle "correspond à une culture ancienne et cohésive qui connaît un processus de différenciation identitaire pour cause de changements socio-productifs profonds, conduisant à l'éclatement des références communautaires originelles" (5).

La culture d'entreprise possède donc deux faces. Sur la première, il s'agit de construire un groupe autour de valeurs, permettant à chacun de s'intégrer par assimilation de celles-ci, devenant un code de bonne conduite et, parfois, un "prêt-à-penser" assurant une réaction rapide et commune (communautaire) face à des situations données ; sur la seconde, elle agit et réagit face à un environnement fluctuant, favorable ou dangereux, se modifiant, s'adaptant par une métamorphose (changement de "l'enveloppe") qui préserverait l'essentiel de ses valeurs. Lorsque la tension entre les deux devient trop forte, le conflit de culture éclate.
Le caractère historique (dans le temps) de la construction, ou de la destruction, de la culture d'une entreprise est évident. Dès lors, il pouvait paraître judicieux d'appeler l'historien à se substituer aux sociologues. Pourtant, à la lecture de l'ouvrage Culture d'entreprise et Histoire (6), le doute persiste : cela ressemble fort à une "fausse bonne idée". Ainsi que l'écrit O. M. Westall, "le concept de culture d'entreprise représente un défi pour les historiens. Son exploitation à des fins pratiques par des responsables d'entreprises ne le leur rend pas facile à adopter sans de considérables précautions. Changer de culture est devenu le remède à la mode pour résoudre de nombreuses difficultés de gestion, sans effort de compréhension véritable des problèmes sous-jacents" (7). Difficile, voire périlleux, de se fier aux acteurs ou aux archives -celles qui ont été conservées- pour appréhender la culture d'une entreprise. Comment différencier le "subi" du "voulu" ? D'autant plus que le concept, très en vogue dans les années 80, a servi d'alibi à de nombreuses opérations de communication externe, dont l'objectivité n'était pas la vertu première. La recherche historique peut donc permettre un premier niveau de connaissance, mais non  constituer le socle d'une étude. Ce qui chagrine, un peu, l'ancien étudiant en histoire qui écrit ces lignes.



1 E. SCHEIN, Organizational Culture and Leadership, 1985
2 "assumption" : 2 sens, "suppositions" ou "appropriations"
3 cité par G. REGNAULT, Le sens du travail, L'Harmattan, 2004
4 cité par Ch. HAMPDEN-TURNER, La culture d'entreprise : des cercles vicieux aux cercles vertueux, Seuil, 1992
5 I. FRANCFORT, R. SAINSAULIEU, Les mondes sociaux de l'entreprise, DDB,1995, p 289
6 A. BELTRAN, M. RUFFAT, Culture d'entreprise et Histoire, Ed. Organisation, 1991
7 O. M. WESTALL, "Culture des entreprises et compétitivité : le cas de l'assurance en Grande-Bretagne", p 79 à 95, in BELTRAN et RUFFAT, Culture d'entreprise et Histoire.

 

samedi 4 février 2012

Outils de management et culture

 www.photo-libre.fr


"Autonomie, responsabilisation, évaluation des résultats, fixation d'objectifs, rémunération au mérite, entretien annuel, chacun connaît la longue liste de ce qui n'a de sens que pratiqué avec méthode, équité, confiance, efficacité, en prenant en compte chaque personne, c'est-à-dire en recherchant sans cesse la meilleure adéquation possible entre ses souhaits, ses compétences et les impératifs objectifs de l'entreprise"1. Nous pouvons nous interroger, avec Gilles Regnault, sur l'application de ces outils de management. Avons-nous, en France, bien compris de quoi il s'agissait ? N'aurions-nous pas, par une application mal adaptée, perverti ces outils ? C'est déjà ce que pensait Philippe d'Iribarne, dans son ouvrage La logique de l'honneur 2, paru en 1989. Beaucoup de ces outils de management, venant des Etats-Unis, ne seraient pas adaptés à notre culture du travail, devenant, de ce fait, contre-productifs. Les cultures nationales du travail sont très différentes de chaque côté de l'Atlantique. D'un côté, ce que d'Iribarne appelle la logique d'honneur ; de l'autre, "l'échange entre égaux", basé sur le contrat. Les logiques qui sous-tendent les relations de travail dans ces deux cas sont tellement éloignées, que l'on voit effectivement mal comment des outils de management servant à l'un pourraient être utiles et efficaces à l'autre sans une sérieuse adaptation. 
L'échange entre égaux, qui imprègne la vie professionnelle américaine, ne va pas de soit pour un salarié français. Il est basé :
-sur un "vrai respect", qui ne tient pas compte de la hiérarchie, prônant une écoute sincère ;
-sur un contrat, qui définit strictement les droits et les devoirs de chacun ;
-sur une application "fair" (honnête, juste) de ce dernier.
L'objectif fixé au salarié doit être "fair" au regard des moyens dont il dispose. S'il fait correctement son travail, dans les limites de ce qui a été défini dans le contrat, il ne serait pas juste (honnête) de lui demander plus. Le contrat est aussi présent dans les relations entre la direction et le syndicat, lorsque celui-ci est présent dans l'entreprise. Il fixe les droits et devoirs de chacun dans les moindres détails, sans qu'aucun ne puisse s'y soustraire (sauf à vouloir fréquenter les tribunaux). Par exemple, dans une entreprise où l'égalité des salaires a été défini dans le contrat, il est impossible pour la direction de récompenser un ouvrier qui travaillerait mieux qu'un autre. Cette stricte égalité fait que l'encadrement doit trouver d'autres moyens de récompense ou reconnaissance. Un des moyens utilisés est de valoriser la contribution du salarié, en lui demandant son avis sur les problèmes rencontrés ("j'ai ce problème, quand vous aurez un peu de temps, dîtes moi ce que vous en pensez"). Et d'en tenir compte ! Même si le chef décide et tranche, car cela est de sa responsabilité, telle qu'elle a été définie dans le contrat, il est aussi responsable des problèmes rencontrés par ses collaborateurs. Les entretiens sont donc, dans ce cadre, une discussion sur le respect, par chacun, des limites fixées dans le contrat et de l'application "fair" des termes de celui-ci. Si le salarié a la responsabilité des moyens pour parvenir au résultat demandé, le supérieur a le droit au contrôle, celui d'un client exigeant. Mais, ceci se fait sur la base d'une attitude d'ouverture et de communication, "celle qui convient à l'intérieur d'une communauté" (entre égaux). "Les valeurs marchandes d'honnêteté", celles de Pères fondateurs, ont gardé une place centrale : l'échange doit être honnête et équitable, à l'image d'une relation fournisseur-client (direction-salarié). Et de rappeler que le salarié est un citoyen "égal" au directeur, et que le Président américain, lui aussi, "travaille pour un salaire" (Tocqueville, De la démocratie en Amérique).
"Si la libre négociation du contenu même des contrats constitue une sorte de dogme, les procédures de négociation doivent être telles que le résultat du processus soit équitable"3. Un patron ne doit pas profiter de sa position de force face à un salarié ; un syndicat ne doit pas profiter de la sienne face à un (petit) entrepreneur.

L'auteur reconnaît que le climat n'a pas toujours été propice au respect de ces règles culturelles. Cependant, "toutes les manières de gérer, à toutes les époques, doivent s'accommoder de la place que la culture américaine donne aux préoccupations d'équité et à la mise en jeu de la responsabilité personnelle de chacun. Ceux qui n'en tiennent pas compte explicitement et volontairement en subissent le poids (...) Et des dérives procédurières, qui constituent le symptôme classique dans le contexte américain de rapports tendus, les conduisent à respecter, de mauvais gré et par des voies guère favorables à l'efficacité productive, ce qu'ils tendaient à négliger. On ne triche pas avec les grands principes qui régissent la culture de son pays"4.
Ce non-respect de notre culture nationale, par l'importation d'outils de management américains, convenant à ce pays mais inadaptés au nôtre, ne serait-il pas à l'origine du malaise qui imprègne le monde du travail français ?


1 Gilles REGNAULT, Le sens du travail, coll. "Logiques sociales", L'Harmattan, 2004.
2 Philippe D'IRIBARNE, La logique de l'honneur -gestion des entreprises et traditions nationales, Le Seuil, 1989.
3 ibid.
4 ibid.